Chaque été, les usines de pâte désencrée de l'hémisphère nord constatent une baisse de blancheur sans modification évidente de la matière première ni des réglages de process. La cause se trouve souvent dans le papier de récupération lui-même, dans la façon dont l'encre d'imprimerie vieillit avant même que les balles n'atteignent le pulpeur. Les papetiers connaissent ce phénomène sous le nom d'effet d'encre d'été.

Ce qui provoque l'effet d'encre d'été

L'encre d'imprimerie est un mélange de pigment et de liant, auquel s'ajoutent des charges et des additifs pour la fluidité, le séchage et la résistance au frottement. La chaleur modifie ce mélange. Dès que la température ambiante monte, le liant migre et durcit différemment sur la feuille, si bien que le film d'encre qui arrive à l'usine de recyclage n'est plus celui qui a quitté la presse.

Les liants à base d'huile minérale et d'huile végétale vieillissent différemment

L'encre noire pour papier journal repose généralement sur de l'huile minérale comme liant, tandis que les encres couleur utilisent plus souvent de l'huile végétale. Les deux se comportent de manière très différente avec le temps. Dans l'encre noire, l'huile minérale se trouve d'abord à la surface du papier. Sur quatre à six mois de vieillissement, la quasi-totalité migre dans la feuille. L'huile minérale fixe mal l'oxygène, si bien que la faible quantité de liant restée en surface réticule très peu. Elle ne forme aucun réseau rigide, seulement des structures faibles et cassantes qui s'effritent en une masse de très fines particules d'encre.

L'encre à l'huile végétale suit un autre chemin. Son liant part également de la surface, mais il absorbe facilement l'oxygène. Après la même période de vieillissement, une partie de l'huile a migré dans le papier tandis qu'une grande part reste en surface, encore liée au pigment. Les doubles liaisons insaturées des huiles végétales permettent la formation de structures réticulées et rigides, et ces structures adhèrent aux fibres du papier.

Pourquoi le vieux papier journal se comporte différemment dans le pulpeur

Ces deux modes de vieillissement déterminent ce qui se passe lors de la désintégration. Lorsque de vieux journaux imprimés à l'encre à l'huile minérale et à l'encre à l'huile végétale sont désintégrés dans le même pulpeur, l'encre à l'huile minérale se fragmente plus facilement. Il en résulte une valeur ERIC plus élevée, la concentration effective en encre résiduelle mesurée après désintégration. Après un lavage poussé, la pâte contient aussi une plus forte concentration de particules d'encre qui se redéposent sur les fibres et ne peuvent plus être éliminées. C'est ce redépôt irréversible qui fait chuter la blancheur.

Les relevés d'usine montrent le même profil saisonnier

Le phénomène se répète d'une région à l'autre. La blancheur de la pâte désencrée au Canada atteint son minimum annuel de juin à août. Les usines du nord des États-Unis enregistrent les valeurs les plus basses en juillet et en août, soit environ 1,4 pour cent sous le niveau normal. Notre propre ligne de désencrage du papier de récupération suit la même courbe, avec la blancheur la plus faible en juillet et en août. Des taux de conformité au point bas ont été relevés à 46,2 pour cent en 1998, 71,2 pour cent en 1999, 2,6 pour cent en 2000 et 11,3 pour cent en 2001. Les chiffres varient d'une année à l'autre, mais le profil saisonnier ne change pas.

Lecture pratique pour les opérations de désencrage

L'effet d'encre d'été apparaît dans tous les pays et toutes les régions où l'on désencre du papier de récupération : il relève donc de la planification normale et non de la liste des imprévus. Les usines qui anticipent la baisse de juillet et août peuvent ajuster les mélanges de pâte, suivre les valeurs ERIC de plus près et resserrer le contrôle du lavage avant que la blancheur ne dérive. Connaître le vieillissement des liants à base d'huile minérale et d'huile végétale donne à l'équipe de process un point de départ solide pour cibler les changements les plus utiles.